///Carnet de voyage

Les sommets inhabitables                                            (English below)

 

Ce titre est extrait d’une citation d’Erri de Luca, écrivain italien engagé dans le combat contre la construction du train à grande vitesse reliant Paris à Turin (le « TAV »), qui reçoit un accueil très controversé par la population locale, notamment dans le Val de Susa en Italie.

 

 

Les peuples nomades, les Inuits, les indiens d'Amérique habitent un lieu en le parcourant, de long en large, en s'y attachant en mille endroits. Dès lors, l'espace vierge n'a pas de raison d'être, tout est habité, rien n'est inhabitable.

En montagne, la plus grande partie du paysage est vierge. Les sommets, les pics, les versants. L'inhabitable est partout. Tout devient une question de ce qui peut être atteint et de l'inatteignable : habiter en montagne, c'est de l'alpinisme.

Comment habiter les à-pics, les aiguilles ? L'homme modifie le paysage ou est-il changé par lui ?

Sédentarisé, l'humain se retire de l'espace vierge, de gré ou de force. Quelle est la différence entre l'espace vierge des Inuits et celui des montagnes ? Tout et rien, inhabitables par nature et par l'homme – ou les deux.

 

 

La vallée de la Maurienne est à mi-chemin entre l'inhabitable et l'espace exploité. Les stations de sports d'hiver qui y envahissent les sommets n'ont pas le gigantesque de celles de la vallée voisine de la Tarentaise. En Maurienne, la large vallée où coule le torrent de l'Arc fut propice au développement de grandes industries d'aluminium alimentées par l'hydroélectricité. L'espace y est maîtrisé – c'est d'ailleurs l'une des seules vallées traversée par une autoroute. L'humain fuit les hauteurs, les hameaux et villages se vident, le tourisme peine à s'agripper aux sommets d'autant que le manque de neige se fait ressentir chaque hiver. Dès lors, la montagne reprend ses droits et c'est pour elle que certains restent en altitude.

Cependant, dans la vallée, des traces écrites laissées par des contestataires de passage sont comme l’allégorie d’une présence humaine qui, très souvent, s’oppose aux différents projets visant à dévisager la montagne. Certains croient encore que les choses peuvent changer. A la force d’initiatives individuelles et de mouvements collectifs, tout un pan de la société aspire à ralentir ce rythme effréné dans lequel nous vivons.

 

 

 

Nomadic people, Inuits, natives of America inhabit their land by roaming through it, from one end to another, linked to a thousand places. Thereby, blank space has no reason of existence, everything is inhabited, nothing is uninhabited.

In the mountains, most of the landscape is blank. Summits, peaks and slopes. The uninhabitable is everywhere. It all comes down to what can be reached and the unreachable : living in the mountains is alpinism.

But how to inhabit the steepest slopes, the needles of rock? Do the humans modify the landscape or get modified by it?

Sedentarised, humans withdraw from blank land, willingly or not.

What's the difference between the Inuits' blank land and the mountains one? Everything and nothing, uninhabitable by nature and by humans – or both.

 

 

Maurienne's valley is halfway between the uninhabitable and the exploited space. Winter sports resorts that take over the summits don't have the gigantic size of those in the neighboring valley of la Tarentaise. In Maurienne, the wide valley where slowly runs the stream “l'Arc” was a perfect fit for the development of large aluminum industries powered by hydroelectricity. It's also one of the only valley crossed by a highway – space is mastered there. Humans run from the heights, hamlets and villages are emptying, tourism is struggling as snow is getting rarer each year. Therefore, mountain gain back its rights and it's only for her that some people cling to the heights.

However, in the valley, written traces left by passing protesters stand for the allegory of a human presence which, very often, is opposed to the different projects aiming to alter their mountain. Some still believe that a change can be made and by the force of single initiatives as well as collective movements, it's a whole layer of the society that aspire to slow down that unbridled pace we live at.