///Carnet de voyage

Nicolas

 

 

Je l'ai toujours trouvé vêtue d'une certaine beauté, cette innocence.

D'abord, je ne m'en rendais pas compte, puis en grandissant – vieillissant, presque – je l'ai vue.

Le groupe de potes qui se disloque, on s'y attendait logiquement. Mais l'obligation vient s'y glisser, on doit faire sa vie.

Et ça, je ne m'y attendais pas. Surpris, regardant ailleurs, l'innocence en profite pour s'envoler.

Je parle de l'innocence d'un enfant, c'est cette beauté qu'on a perdu.

Errant dans le quartier de mon adolescence, j'en cherche les dernières traces.

Et puis je pars aussi, puisqu'il faut faire sa vie. Mais un dernier lien me retient, sans obligation, sans perte, sans fin. Mon frère, au léger handicap mental, vient se glisser dans l'équation. Peut-être prend-il la place de l'innocence.

Je me dis d'abord : il est moins indépendant. Je crois maintenant qu'il est au contraire question de plus. Il a besoin de plus. Mes parents sont là pour le lui donner et, dans un futur plus ou moins proche, ce sera à moi. Je le clame et le revendique, j'en suis fier, ce sera à moi.