///Carnet de voyage

EN (in progress)

 

 

“Tuk time – Making (in)visible” is a collaborative project pursued by Roxane Gabet & Teo Becher. It is composed of a series of photographs taken by Teo Becher, when we spent three weeks in Tuktoyaktuk (Canada), an Inuvialuit hamlet on the shores of the Arctic ocean.

 

While editing and shaping the project, we became more and more uncomfortable as we were questioning what made these images possible in the very first place, intersecting personal stories and centuries of settler colonialism. And conversely : what do these images make possible ? What worlds are they producing ? Whether they sparked a sense of discomfort in us, teaching us how to “stay with the trouble” (Haraway), it is also because they are situated (sometimes in contradictory ways) in powerful narratives about the ''North''. The parallel histories of anthropology and photography come together in these narratives, in particular in their project to “salvage” Indigenous peoples, implying their supposed disappearance. We have to learn the art of consequences of these politics of representation, since they have very concrete effects on human and non human lives. Thus in this project, we seek to challenge the (settler) visual expectations about the “North” by playing along the lines of the (in)visible, particularly through “troubled” or “failed” photographs. Ethical and formal issues arise : what is shown? What is not shown? And who gets to show it?

 

But then, some questions still remain : what do Inuvialuit people do with the land they inhabit? How do they visually translate this relationship? What could be (or not) the connections between these images and ours? We would return to Tuktoyaktuk in a couple of months to propose participatory photographic workshops with Inuvialuit youth, besides proposing to open our photographs to transformation and in conversation. We suggest then to follow the threads that connect relations between places, (photographic) technologies, human and non-human kins. In this process, considering the active erasure of Indigenous peoples in what is currently called Canada, as well as their erasure of their relationship to land as a prerequisite to the settler colonial project, we try to interrogate how photography, as an act of making (in)visible, can respond to this erasure.

Tuk Time (en cours)

 

 

“Tuk time – Rendre (in)visible” est un projet collaboratif mené par Roxane Gabet & Téo Becher. Il se compose d'une série de photographies prises par Téo Becher, lorsque nous avons passé trois semaines à Tuktoyaktuk (Canada), un village Inuvialuit sur les côtes de l'océan Arctique.

 

Peu à peu, ces photographies ont suscité une sensation d'inconfort en nous, et plutôt que de l'atténuer, nous avons choisi d'apprendre de ce trouble (Haraway). On s'est interrogé sur ce qui a rendu possible ces images : à la fois des histoires intimes et des siècles de colonialisme. Puis on a retourné la question : qu'est-ce que ces images rendent possible ? Quels mondes fabriquent-elles ? Car elles sont situées (en partie et parfois de façon contradictoire!) dans des imaginaires puissants : ceux construits autour du "Nord". Les histoires parallèles de l'anthropologie et de la photographie se lient autour de ces récits, en particulier dans leur projet de “sauver” les peuples autochtones censés disparaître. Nous devons apprendre à hériter de ces histoires et des conséquences de ces politiques de représentation, car elles ont des effets très concrets, tant sur les vies humaines que non-humaines. On a alors choisi de mettre à l'épreuve nos images pour rendre compte de ces frictions : ce qu'on montre, ce qu'on ne montre pas, comment on le montre et qui peut le montrer? sont autant de questions éthiques et formelles qui nous habitent. A travers ce projet, on tente de susciter un questionnement chez chacun·e autour de leurs propres attentes visuelles par rapport au Nord et aux peuples qui l'habitent, en jouant sur la tension entre visible et invisble.

 

Ce projet va bientôt convoquer de nouvelles présences : celles de jeunes Inuvialuit avec qui nous allons travailler ensemble, à partir de photographies. Que font les Inuvialuit avec le territoire qu'ils habitent? Comment traduire visuellement cette relation? Et quelles pourraient être (ou non) les connexions entre de telles images et les nôtres? Nous retournerons à Tuktoyaktuk dans quelques mois afin d'ouvrir cette conversation : à partir des photographies de Teo (ouvertes à la transformation) et en organisant des ateliers participatifs autour du sténopé avec des jeunes Inuvialuit. Nous proposons de suivre les fils qui relient les relations entre lieux, technologies (photographiques), humains et autres-qu'humains. A travers ce processus, considérant l’effacement actif des peuples autochtones dans ce qui est aujourd’hui appelé Canada, ainsi que l’effacement de leurs relations au territoire comme condition sine qua non du projet colonial, nous nous demandons comment la photographie, comme acte de rendre (in)visible, peut-elle répondre à l'effacement? Peut-être en troublant les narrations dominantes et en fabriquant de nouvelles façons d'habiter et de raconter dans un monde multiple ? Peut-être en proposant qu'une photographie peuplée soit autre chose qu'un portrait ? Peut-être aussi en ne cherchant pas à lisser nos propres contradictions.