Hercynienne

2021 - en cours
Avec le soutien de Fondation du Carrefour des Arts


La forêt de Soignes qui borde le sud de Bruxelles est marquée par la présence et l'influence de l'activité humaine. Son histoire est ancienne : identifiée comme l’une des forêts primaires d’Europe de l’ouest, César la mentionne lors de la conquête de la Gaule, puis elle fut profondément exploitée au Moyen-Âge et lors de guerres ainsi que, plus récemment, lors de la construction d’infrastructures de transport.

Rapidement, cette présence humaine s'est traduite pour moi en signes visuels, résultant en un enchevêtrement visuel de formes qui attirent mon œil. Dans la culture Occidentale, pour lire un paysage figuré, notre œil a besoin d'abstraction : une ligne d'horizon, la perspective géométrique, un premier plan, un arrière plan,... Dès lors, j'ai cherché, dans un premier temps, à déceler dans cette forêt les formes laissées par l’humain : nettes, tranchantes, ordonnées. Dans un second temps, je me rends compte que je lis la forêt différemment. Je calque alors sur le chaos apparent des arbres et des branches les formes géométriques que je recherche et qui appartiennent au monde humain, créant ainsi un dialogue entre ce dernier et la forêt. Il s'agit ici de proposer une réflexion sur notre rapport au monde naturel : comment notre regard et notre perception de ce qu'on appelle la « nature » induit un jeu de relation abstrait et en dehors de celle-ci ? Que se passe-t-il si on remet en question ce paradigme ?

Sous l'agrandisseur et à l'aide de caches et de photogrammes, je travaille l’image afin d’en faire ressortir les formes géométriques que je perçois dans la forêt. Une fois la forme photographiée, je découpe un cache correspondant qui me servira à jouer avec cette forme sous l'agrandisseur. La suite s’improvise généralement au laboratoire en fonction de l’image et de ce que j’y vois : cela donne lieu à des jeux de caches mais aussi de couleur (en agissant sur les différents filtres de l’agrandisseur pour créer des dominantes). Photographier revient à choisir et, dans ce jeu de caches, il y a une sorte de quintessence du choix poussé à l’extrême dans le découpage de la forme grâce à la lumière. L’agrandisseur me permet d’explorer une dimension manuelle et artisanale de l’image, faite d’expérimentations et d’essais, où une relation de nature différente s’instaure avec mes images qui ne prennent tout leur sens qu’une fois passées par l’agrandissement.




Exposition de restitution de résidence, Fondation privée du Carrefour des Arts, juin 2022, Bruxelles.